Porter bébé vers son autonomie.

à retenir

Comment passer du ventre de maman au monde extérieur ? Comment bien vivre cette séparation ? Pour vous et votre bébé, la naissance est un grand bouleversement suite auquel il faut progressivement laisser place à l’autonomie…

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Se séparer pour… arriver !

Neuf mois viennent de s’écouler; Neuf mois d’une vie exceptionnelle qu’on appelle communément grossesse, et au cours de laquelle votre corps a abrité et porté votre bébé, le vôtre, oui et aussi un peu quand même, ne l’oubliez pas,… celui de votre conjoint ! Cette vie à deux, fusionnelle, un corps imbriqué dans l’autre, enfoui au creux de votre ventre, va vous marquer, vous et votre bébé à jamais !... marquer votre psychisme, évidemment mais pas seulement… marquer aussi le corps de votre bébé.
Comment ?
Pensez donc !
Neuf mois passés bien douillettement calé, au chaud, à l’abri, porté et bercé au rythme de vos déplacements et de vos moindres mouvements, ça laisse des traces ! indélébiles même !
Car même si votre bébé est, passez-moi l’expression, « en cours de fabrication », en gestation, il a déjà un grand potentiel. Dès le deuxième mois de grossesse, la peau qui recouvre son corps perçoit les sensations provenant des récepteurs sensitifs de son système somatosensoriel : il éprouve la pression, la chaleur et la douleur !
On peut vivre privé des autres systèmes sensoriels, on peut vivre aveugle, sourd, sans le goût ni l’odorat, mais privé de peau, non. La peau joue un autre rôle fondamental, celui d’enveloppe protectrice et de barrière délimitant un dehors et un dedans, un contenant et un contenu.
Ainsi votre bébé, au travers de sa peau, enregistre parfaitement et pour toujours, les vibrations de votre voix, de celle de votre conjoint, vos battements cardiaques, le flux sanguin et autres glouglous dont vous n’avez même pas conscience… Son corps devient une véritable caisse de résonance. C’est une histoire de musique : il vibre au même diapason que vous.

Ce n’est pas tout ! Même s’il est comme en apesanteur, que le placenta amortit vos mouvements mêmes brusques, les récepteurs situés dans son oreille interne enregistrent les variations dans la pression du liquide amniotique et envoient à son cerveau des informations sur vos changements de position. Votre bébé arrive au monde, rempli de toutes ces expériences emmagasinées qui font qu’il vous connaît par cœur, peut-être même mieux que vous-même !

 

Se faire porter par maman… un plaisir largement partagé !

Le jour de sa naissance, son monde feutré se transforme radicalement : votre bébé atterrit ! Il arrive d’une autre planète !
Il est bousculé, ballotté, en haut, en bas, plus rien n’amortit ses mouvements. Que lui arrive-t-il ?
Il fait l’expérience de la pesanteur comme la pomme de Newton… ! Son corps est lourd, il fait froid, une lumière violente l’aveugle, des bruits secs et stridents lui arrivent aux oreilles…, bref il est comme l’oiseau tombé du nid ! Et il crie et il pleure. Même si c’est plutôt rassurant car cela signifie à son entourage qu’il est bien vivant, il pleure !
Il y a de quoi ! Et vous le savez bien. D’ailleurs, depuis ce jour, chaque fois que vous l’entendez pleurer, votre cœur se serre, vous avez un besoin impérieux de le prendre dans vos bras, de le bercer, de lui chuchoter des mots doux  à l’oreille. Et chaque fois, la magie opère : il se calme !
Vous n’échapperez certainement pas à une réflexion de votre mère ou de votre belle-mère qui, assistant à la scène, vous dira : « oh, ma fille, dans quel engrenage es-tu rentrée ? Si tu commences comme ça, il aura le dessus et c’est lui qui va te commander !!! »


Pourtant, elle a dû faire exactement comme vous en son temps ! Et pourtant vous savez bien au fond de vous que votre bébé a terriblement besoin d’être porté et vous terriblement besoin de le porter. Comment pourrait-il en être autrement après neuf mois de connivence entre vous ?
Vous avez bien raison : le bébé d’homme est comme le petit Kangourou, pour parfaire sa maturation,  il a besoin d’une poche, en l’occurrence de vos bras, des bras de son papa, ou de ce qui peut les remplacer, à savoir un porte-bébé, une écharpe… Sans cela, incapable qu’il est encore de maîtriser sa motricité et donc de  coordonner ses mouvements, il est disloqué comme un pantin. 

A chaque manipulation intempestive, il se sent brisé en mille morceaux et au bord d’une chute imminente. Il en ressent une profonde angoisse que D. Winnicott qualifie de catastrophique.


Vous avez là l’explication à ses hurlements.
Partout dans le monde, les bébés sont portés. Un  peu moins cependant dans les pays occidentaux  Chaque culture à ses propres raisons et sa propre façon de faire.
En France, les jeunes parents sont en train de découvrir l’art du portage qui fait l’objet d’un véritable engouement. Je reconnais que c’est là une bonne chose : cette pratique permet de proposer au bébé un espace et un temps de sécurité physique et affective : il se sent « un », rassemblé, ce que ne lui autorise pas son immaturité neurologique quand il est seul ; par ses sens, il se sait en présence de l’autre, en relation avec lui, ce qu’il n’est pas encore en mesure de comprendre autrement que par l’odorat, la vue, le toucher, l’ouïe…


Le bébé ainsi délivré de ses angoisses primitives trouvera facilement le sommeil. Ce qui ne signifie pas qu’il faille absolument le porter pour cela : il se sentira contenu dans les bras, certes, mais aussi dans son lit. Ne perdez pas de vue qu’il faut porter le bébé dans le but de lui donner la force de se détacher peu à peu de vous.

Ce ne doit pas être une façon déguisée de le garder plus longtemps avec vous.  Car après le vide physique intérieur dans lequel vous vous êtes retrouvée à la  naissance de votre bébé, il est réconfortant de le sentir collé à vous et  vous vous laisseriez facilement aller à la confusion !
 Votre bébé grandit, c’est dans l’ordre des choses, et vous êtes là pour l’aider et l’accompagner dans cette aventure. Vous êtes là pour le pousser devant vous.

Il ne s’agit pas de le laisser tomber, non ! Bien au contraire ! Porter son bébé n’est pas seulement une affaire physique ; après l’avoir porté dans votre corps puis dans vos bras, vous continuerez à le porter symboliquement ! Après l’avoir bercé, soigné, vous l’aurez toujours à portée de regard, à portée de voix et de paroles. Vous allez faire office, sans qu’il en soit forcément conscient, de point d’ancrage à partir duquel, sécurisé, et avec votre approbation, il lui sera bien plus facile de prendre son envol et d’aller à la rencontre des autres et du monde.


Le bébé porté est fort de son propre poids, de ses propres limites, de sa relation à l’autre. Il est doté de repères solides qui faciliteront son accès à l’autonomie, qui le pousseront loin, mais comprenez bien, loin avec vous.

 

Anna Pinelli, sage femme

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