Devenir mère, rester femme

à retenir

En préparant à l’avance vos affaires et celles de bébé, vous éviterez le stress de l’avant départ.

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Avoir un bébé, le rêve de beaucoup de petites filles

 

Etre comme maman, dissimuler son poupon sous son tee-shirt pour avoir un gros ventre comme elle.


Promener dans sa petite poussette la poupée que papa a ramenée de son dernier voyage et lui donner le biberon comme maman fait avec le petit frère qui vient de naître…


Ainsi très tôt la petite fille souhaite avoir le pouvoir de fabriquer un enfant comme sa mère. Elle nourrit, avec les connaissances qu’elle acquiert progressivement et aussi avec le développement de sa sexualité infantile, une relation fantasmatique avec l’enfant qu’elle espère avoir plus tard. Elle construit dans sa tête un bébé imaginaire en s’identifiant à sa mère mais aussi dans un lien séducteur au père. Etre comme maman certes mais aussi être cette femme si attirante pour papa. Ainsi dans les jeux avec ses poupées, elle s’identifie à sa mère tout en maintenant un lien oedipien à son père. Ces jeux, favorisés par les parents, en lui offrant un compromis et une voie à la sublimation, vont lui permettre de développer cette relation imaginée avec son futur bébé.


De fait, la configuration familiale, les liens entre l’enfant et ses parents mais aussi entre les parents en tant que couple vont avoir une influence sur la construction psychique des enfants et notamment sur la manière de pouvoir se projeter à l’âge adulte  comme parents et couple à la fois.


Au fil des périodes de la vie de la petite fille, d’autres facteurs vont intervenir, des remaniements vont se faire et  cet enfant imaginaire va se transformer.


A la période de latence, vers 6-7ans, il sera moins présent  pour réapparaître à la puberté où les transformations du corps de la petite fille rendront possible la survenue d’un enfant réel. On le sait bien, c’est une période toute particulière où la mère, le père réalisent parfois avec difficulté et nostalgie, que leur petite fille a grandi et qu’elle est devenue une future femme et une mère potentielle. L’attitude des deux parents à ce moment-clé de la vie est très importante, parfois déterminante dans le désir d’enfant à l’âge adulte. Il est important également que la mère ne soit pas seulement mère mais une femme séductrice du père, désirante. Si la mère dévalue le père, la fille ne va pas pouvoir se tourner vers lui puis vers les autres hommes.

 

 

La grossesse


La petite fille grandit. Elle devient une jeune femme. Elle le rencontre, lui, celui qu’elle élit comme le père de son futur enfant.


Un jour, c’est la grande nouvelle, elle est enceinte.

Après un grand moment d’euphorie, des questionnements, des doutes surviennent parfois. Elle peut se sentir fatiguée, avoir des nausées ou avoir toujours envie de dormir. Elle s’inquiète pour son couple, va-t-elle pouvoir rester autant séduisante ? Se demande t-elle anxieuse en  se regardant dans le miroir. Comment va-t-il réagir avec sa silhouette alourdie et son corps déformé ? Leur vie va changer, ils ne pourront plus voyager, sortir comme avant, quand ils le veulent, comment vont-ils s’adapter et continuer à s’aimer ?


Et puis tout ce chamboulement pour elle mais pour lui aussi. Tout cela semblait si bien rangé et tranquille et voilà que tout revient comme un véritable ouragan psychique. Des souvenirs  émergent, des souvenirs de tendresse, les belles histoires sur les genoux de l’un de ses parents mais aussi les blessures de l’enfance qu’ils croyaient cicatrisées oubliées à tout jamais. Pourvu que j’y arrive, que je ne refasse pas la même chose. Moi, je m’en occuperai de mon enfant et je lui dirai que je l’aime. Moi je jouerai avec lui.


La femme ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Parfois elle a envie de pleurer, elle a peur de ne pas pouvoir s’occuper de son bébé, elle découvre la responsabilité qu’elle va devoir porter et elle se demande comment elle va pouvoir tout gérer, son travail, son bébé, la maison et son conjoint car celui-ci, il ne faut pas le négliger. Même s’il attend cet événement avec bonheur, parfois il est irrité, à se demander si cela ne lui fait pas peur à lui aussi de devenir père !


L’un et l’autre ne savent plus très bien qui ils sont, hier fille et fils, demain mère et père mais aujourd’hui  leur statut leur semble bien flou et instable, ce qui génère parfois des moments d’angoisse.


Neuf mois sont bien nécessaires pour apaiser le grand tumulte dans la tête et pour retrouver de nouveaux repères. En effet, on ne devient pas parents du jour au lendemain, cela se prépare.


Après la période euphorique de l’annonce puis parfois des moments de doute face à cette nouvelle réalité, les voilà tous deux, lui et elle, dans la salle d’échographie.
 Dans un grand moment d’émerveillement, ils vont découvrir ensemble leur futur enfant. C’est leur première rencontre avec l’image de leur bébé. En ce sens, l’échographie obstétricale peut être considérée comme l’un des actes fondateurs de la parentalisation tel que l’a souligné le Pr Michel Soulé.


Contrairement à une idée répandue, cet examen n’est pas obligatoire et pourtant  la plupart des femmes le subissent comme une épreuve incontournable qui leur donne un « certificat de grossesse » et une garantie de normalité les autorisant  à poursuivre leur grossesse.


On sait aussi que pendant cette période, la femme va être en rivalité avec sa propre mère pour accéder à ce statut convoité depuis longtemps. Elle va se sentir valorisée par cette nouvelle place au sein de la famille et de la société mais parfois aussi menacée par ce nouveau rôle  car elle perd son statut de fille et son corps se déforme. On sait bien que la grossesse peut être comparée à l’adolescence et que les transformations corporelles, hormonales, psychiques  qui se produisent  peuvent parfois fragiliser la femme sur le plan psychique.


Mais en même temps la grossesse est aussi un important processus de maturation qui permet d’établir une identité adulte plus solide, basée sur une réconciliation avec les figures de la petite enfance.


La femme a besoin de garder un lien intime avec son bébé même si le futur père va être de plus en plus impliqué dans sa grossesse et dans la rencontre avec son enfant notamment grâce à l’échographie et à l’haptonomie. Les transformations de la société avec notamment une place différente donnée aux femmes par leur travail et le pouvoir qu’il leur confère et également par la contraception, les nouvelles approches du fœtus, l’échographie sont venues modifier la place du père et son lien avec son bébé. Les femmes donnent  davantage accès à leur intimité, à ce trésor maintenu secret à l’abri des regards depuis la nuit des temps.


Cependant si le père occupe une plus grande place pendant la grossesse, il n’en n’est pas moins vrai que l’accès à la paternité reste un processus complexe.
En effet, le père est absent du corps à corps partagé entre la mère et son fœtus.  Aussi vit-il essentiellement la grossesse dans sa tête. La grossesse et la mise au monde d’un enfant confrontent le père à ce qu’il ne pourra jamais vivre. Parfois débordant d’attention, parfois agressif sans raison apparente, il peut être totalement déconcertant pour son entourage et notamment pour sa compagne.
C’est difficile de devenir père. Cela peut faire peur d’envisager d’avoir des responsabilités, peur de ne pas être à la hauteur, peur de perdre son travail, peur de ne pas pouvoir assurer la quiétude du foyer, peur de ne pas pouvoir assurer la transmission du mandat transgénérationnel. D’autant plus que le futur père va avoir un rôle essentiel de soutien auprès de sa compagne, soutien d’ailleurs davantage d’ordre maternel à ce moment là que d’ordre sexuel. Ce qui peut le dérouter et le frustrer.


En effet, pendant la maternité, la future mère a essentiellement besoin d’être entourée par d’autres femmes, sa mère ou des substituts, sa sœur, ses amies. Elle a besoin de s’identifier à une autre femme idéalisée sur laquelle elle va s’appuyer. C’est à sa propre mère qu’elle imagine confier son enfant si nécessaire. La grand-mère idéalisée est représentée dans les cultures : Saint Anne protégeant à la fois Marie et l’enfant dans l’iconographie religieuse en est la figure tutélaire.

 

L’enfant est là


Puis vient l’accouchement. Il peut représenter alors une menace car elle risque de perdre ce trésor qui lui est essentiel. C’est un temps très violent où elle n’est plus enceinte et où elle n’a pas encore gagné son nouveau statut. Elle ressent un grand vide auquel elle va pouvoir faire face grâce à ses capacités de représentation. C’est dans ce contexte que survient fréquemment le baby blues, très impressionnant pour la mère et son entourage mais également moment très structurant qui confronte la jeune mère à la réalité de son enfant.


A la fin de la grossesse et surtout après la naissance, la mère rentre dans un état psychique particulier où elle se montre exclusivement tournée vers son bébé de manière presque maladive et notamment « capable de s’adapter aux tout premiers besoins du nouveau-né, avec délicatesse et sensibilité ». C’est ce que le pédiatre et psychanalyste anglais Winnicott nomme La préoccupation maternelle primaire. Cet état est nécessaire pour que la mère puisse capter des signaux qu’elle serait à même de décoder et d’interpréter avec une efficacité extrême et ainsi s’ajuster au mieux aux besoins nouveaux de son jeune bébé pour lui permettre de vivre pleinement sa dépendance et son sentiment de continuité d’exister, indispensable à sa construction psychique. Le bébé n'éprouve alors aucun danger, aucune menace et peut s'investir lui-même sans problème.


Cet état est tout à fait normal même s’il peut inquiéter l’entourage et notamment le père qui peut se sentir exclu de cette dyade mère-bébé en tant que père mais aussi en tant que compagnon. Cependant, même s’il existe des variations individuelles, cet état ne dure en général que quelques semaines. Progressivement, la mère doit permettre à son bébé de sortir de cet état de dépendance absolue, aidée par le père qui va jouer son rôle de tiers dans la relation en  participant lui aussi au maternage, c’est a dire en donnant le biberon, le bain, en parlant à son bébé ou en jouant avec lui. Il s’agit nullement de séparer la mère de son bébé mais d’introduire une petite distance qui permet à l’enfant de se construire comme un petit d’homme dans une dépendance plus relative, mais aussi à la mère de reprendre sa vie de femme tant sur le plan sexuel que social et professionnel. Cette resexualisation par la mère d’un certain nombre d’objets (compagnon, profession) a été dénommée « la censure de l’amante » par Michel Fain et Denise Braunschweig.


Cette phase de désinvestissement partiel du bébé, souvent douloureuse pour la mère, est extrêmement importante pour l’équilibre familial et conjugal. Elle ne doit pas se produire trop tôt, la mère la vivrait comme un véritable arrachement d’une partie de sa chair qui pourrait avoir des conséquences sur les relations mère-enfant et l’équilibre familial. Cependant, l’état de préoccupation maternelle primaire ne doit pas non plus se prolonger indéfiniment, enfermant la mère et l’enfant dans une symbiose qui ne permettrait pas au bébé de se développer harmonieusement et qui exclurait le père.


Le père a ici un rôle extrêmement important pour permettre à la mère de vivre pleinement cette phase de préoccupation maternelle primaire qui participe à la bonne construction psychique de l’enfant mais aussi pour l’aider à sortir de cet état pour qu’elle puisse réinvestir sa place de femme. Il peut par exemple l’inviter au restaurant et faire avec elle de nouveaux projets de couple.


Progressivement la femme va davantage s’occuper d’elle et redevenir séduisante. Elle va reprendre ses activités et réinvestir sa vie de couple. Il est alors très important que le couple puisse se retrouver dans des moments intimes, aller au restaurant, en weekend end… Bien sûr le bébé gardera une place importante, essentielle même, mais il n’occupera pas toute la psyché de la mère. D’ailleurs, la perception par l’enfant de la présence d’un tiers dans la tête de celle-ci, participe grandement à sa construction psychique.



Ainsi l’homme, comme la femme doivent effectuer d’importants remaniements psychiques pour accueillir le nouvel être, fruit de leur union.  Ils doivent chacun devenir parents mais aussi rester un couple avec toute la dimension sexuelle et sociale que cela comporte.

 

Marie-José Soubieux
Pédopsychiatre, psychanalyste

 


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