Des colères

à retenir

Chez le petit enfant, la colère fait partie du développement normal de l’affectivité. On peut essayer de comprendre pourquoi l’enfant se met en colère pour savoir comment l’aider à y faire face.

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Avant 1 an

Chez le petit enfant, la colère fait partie du développement normal de l’affectivité.
On peut essayer de comprendre pourquoi l’enfant se met en colère pour savoir comment l’aider à y faire face.
Il faut distinguer grossièrement 3 étapes du développement de l’enfant au cours desquelles la signification d’une colère n’est pas la même et où la réponse à apporter sera différente.
- Le  tout petit,  avant un an
- l’enfant entre un et trois ans
- l’enfant plus grand après trois ou quatre ans.

 

Avant un an :

Le bébé vit en symbiose avec sa mère. Il pleure et crie pour exprimer ses désirs et ses besoins qui sont guidés par le principe du plaisir.
A cet âge les colères, et d’ailleurs on parle plus de pleurs que de colères, n’expriment pas la violence.
Le bébé est dominé par des émotions en lien avec les sensations agréables ou désagréables qu’il ressent dans son corps. En cas de faim, d’inconfort, il pleure pour exprimer son mal-être et attend de son entourage une réponse favorable, rapide et satisfaisante.
Seule la réponse adaptée de l’adulte à la demande exprimée ainsi va calmer les pleurs et les cris.
Peu à peu le bébé va découvrir que la réponse attendue n’est pas toujours immédiate, et le développement de son psychisme va lui permettre de s’adapter à cette situation.
Il va devenir capable petit à petit d’imaginer et d’anticiper et, découvrant le sentiment de frustration il va devoir apprendre à attendre et ainsi petit à petit grandir.
Ainsi votre tout petit ne se calmait, quand il pleurait de faim, que lorsque le sein ou le biberon arrivait dans sa bouche, puis il va se calmer quand il verra arriver le biberon, puis la voix de sa mère expliquant qu’elle prépare ou le bruit de la préparation suffiront à calmer ses pleurs et à le faire patienter un peu.
Parfois les colères du petit bébé ne sont pas la manifestation d’un désir inassouvi mais d’une détresse bien réelle.
Par exemple vers 8 mois il peut être très angoissé à la vue d’un inconnu ou en quittant vos bras : c’est la crise d’angoisse de séparation.
Là encore, il devra apprendre à gérer cela, seul ou avec l’aide d’un objet de transition, le « doudou », qui lui permettra d’anticiper votre retour et ce  sera une étape de plus vers l’autonomie.
Donc dans ces situations là, le fait que bébé pleure ou crie est plutôt rassurant sur son développement normal et sa capacité à réagir à la frustration.
Au contraire un bébé qui n’exprime rien devant la faim, la peur, ou la séparation est un bébé inquiétant.

 

En grandissant, entre un et trois ans :

En grandissant, entre un et trois ans :

Le bébé va devoir intégrer le principe de réalité auquel il sera ensuite confronté tout au long de sa vie.

Il va découvrir qu’il faut parfois attendre et être frustré pour que se réalise son désir, que celui-ci ne sera pas forcément satisfait totalement et qu’il faut s’adapter aux contraintes de la réalité. Et c’est dans ces situations, qu’il va se mettre en colère. Un bébé en colère sait ce qu’il veut.
A cet âge il ne maitrise pas les mots, donc il exprime sa demande par des cris, des hurlements, des coups de pieds, avec une énergie parfois insoupçonnée, qui laisse les parents désarmés.

Le bébé commence à intégrer sa personnalité indépendante de l’autre et, confronté à  la frustration, il va se mettre en colère pour réclamer l’attention et l’aide de l’adulte
Cela fait partie de la stratégie qu’il va élaborer pour obtenir quelque chose :
- soit parce qu’il sait qu’il ne peut pas faire tout seul
- soit parce que c’est plus simple pour lui de passer par l’adulte pour atteindre son but
- soit simplement pour monopoliser l’attention de l’adulte et vérifier sa position de bébé tout puissant qui découvre le « non » et  s’oppose.

Dans le premier cas, bien sûr, l’adulte doit identifier le besoin.
Cette situation sera simplifiée par l’apparition du langage, qui permettra à l’enfant d’exprimer sa demande sans devoir dépenser toute son énergie, et le parent doit rassurer le bébé en exprimant tout haut qu’il a compris et qu’il va répondre.
Il est important que l’adulte reste calme et serein pour éviter que l’enfant ne se sente incompris et ne se désespère dans un sentiment d’insécurité et d’abandon.
Bien sûr, si la réponse de l’adulte ne peut pas satisfaire l’enfant (c’est dangereux, ce n’est pas possible), il va continuer à pleurer et à crier, voire se rouler par terre ou mordre et taper, jusqu’à s’épuiser parfois totalement et finir par s’endormir !
Cela est normal , encore une fois , et dans ces cas là il importe que l’adulte reste calme , parle doucement en répétant au bébé qu’il comprend mais que ce n’est pas possible et que quand il sera calmé il y aura d’autres choses à faire et en particulier un câlin pour se réconforter mutuellement !

En grandissant le bébé va comprendre aussi parfois que dans certaines situations il est plus rapide pour lui de passer par l’adule pour être satisfait, et là encore son impatience et sa frustration vont déclencher la colère. D’un coté il veut faire seul mais n’y arrive pas et cette sensation d’échec le met en colère.

Un enfant qui fait une colère est débordé par ses émotions  et perd tout contrôle de lui-même. Il est donc inutile d’essayer de le raisonner ou au contraire de crier plus fort que lui.

Il vaut mieux laisser un peu de temps pour que la tension s’apaise, au besoin en isolant l’enfant, et je conseille souvent aux parents de choisir un endroit «  qui calme » dans la maison, que l’on peut équiper d’un coussin pour que les coups de poing ou de pieds de  rage soient indolores.
Au bout de quelques minutes la tension va baisser et l’enfant va devenir plus réceptif au discours et aux gestes d’apaisement de l’adulte.

Il faudra attendre cette accalmie pour dire que c’est important d’apprendre à faire seul pour grandir, lui proposer des stratégies d’aide adaptées ( on fait d’abord comme ceci , puis comme cela …en le faisant participer sur des activités de son niveau qu’il va réussir pour se gratifier ) et essayer, au fur et à mesure qu’il apprend à parler et maitrise le langage , à lui enseigner à mettre des mots sur ses frustrations plutôt que des gestes de colère .

En grandissant le bébé devient capable de comprendre de plus en plus de choses, et même s’il n’a pas encore totalement accès au langage  il découvre rapidement le pouvoir du « non ».
L’adulte va devoir apprendre à ne pas répondre à toutes les exigences de l’enfant qui s’oppose ou qui veut vérifier sa position de « toute puissance »
Et il faut garder à l’esprit que la colère exprime le besoin de limites que l’enfant  n’est plus à même de se donner seul.
La colère montre qu’il a dépassé toute possibilité de gestion de la frustration : il n’est plus raisonnable.
Ce n’est pas en discutant que l’on va arriver à le calmer. Pour se sentir en sécurité, l’enfant a besoin de percevoir que, s’il a perdu le contrôle, l’adulte auprès de lui garde son calme et sa sérénité.
Donc restez à l’écoute, gardez votre calme, montrez que vous comprenez, mais restez ferme sur vos positions.
Proposez à l’enfant d’aller se calmer et se reposer. Là encore le «coin qui rend calme» prend sa valeur de point de ralliement pour aider l’enfant à reprendre le contrôle des émotions. En grandissant, l’enfant ira souvent de lui-même s’isoler dans ce coin quand il se sentira dépassé.
Il est important de ne pas céder par fatigue ou facilité à ces colères d’oppositions car si l’enfant tire un bénéfice de la situation il n’hésitera pas à recommencer aussi souvent que nécessaire pour satisfaire ses envies.
Là encore l’apparition du langage va permettre de canaliser la violence et de mettre des mots sur la frustration et l’envie de devenir grand et autonome.
Il est important aussi qu’après la crise vous rassuriez toujours votre enfant sur votre affection inconditionnelle.
Évitez les formules « je ne t’aime plus » ou «  tu es méchant » qui vont rendre votre enfant encore plus insécure et inquiet. Donc après avoir mis des mots sur ce qui s’est passé faites toujours la paix et rappelez lui votre amour.
Et repérez les circonstances qui déclenchent les colères pour essayer dans la mesure du possible de les détourner : proposez lui des activités dont vous savez qu’il va les réussir, proposez lui des choix dirigés pour qu’il décide  en fonction de ce que vous avez choisi de proposer, expliquez lui les raisons de vos refus non négociables.

 

Après trois ans

Après trois ans, selon le caractère, les manifestations vont se modifier, certains enfants vont savoir maitriser rapidement le langage et exprimer leurs sentiments, d’autres vont avoir plus de mal et continuer à exprimer leur désaccord avec des gestes de violence vis-à-vis d’eux même ou des objets qui les entourent.

 

A cet âge l’entrée à l’école maternelle impose l’apprentissage des codes sociaux que certains enfants en pleine position de toute puissance chez eux, vont avoir du mal à appliquer.

 

Quand s’inquiéter, et quand consulter ? Comment se faire aider ?


Je pense que quelque soit l’âge de l’enfant, si vous vous sentez dépassé, il ne faut pas hésiter à parler de votre inquiétude et à demander conseil à votre médecin qui saura vous aider à faire la part du coté normal ou non des colères de votre enfant en fonction du contexte.
Si les crises de colères prennent un coté particulièrement violent, avec des gestes d’agressivité de l’enfant envers lui-même ou envers les autres, si elles persistent ou s’aggravent après l’apparition du langage, un professionnel plus neutre affectivement et plus objectif que vous pourra aider l’enfant à expliquer le pourquoi de son comportement et à trouver des solutions pour y remédier.
Si vous avez l’habitude de lire des livres à votre enfant certains ouvrages pourront vous aider, en permettant à l’enfant de s’identifier à des personnages eux aussi dépassés par leurs émotions :


-    «  Petit ours brun fait une colère » Danièle BOUR (Bayard jeunesse 2002)


-    «  Grosse colère » Mireille D’ALLANCE (L’école des loisirs 2004)


-    « Je veux » Danièle SIMARD (Editions Imagine 2007)








 

 

 

En conclusion

En conclusion, même si elles sont parfois très violentes et désarmantes pour les parents, les colères permettent à l’enfant de grandir à condition qu’on les aide à petit à petit remplacer les gestes par des mots qui vont l’aider à gérer la frustration, et qu’il n’en tire pas de bénéfice immédiat qui les conduirait à recommencer à chaque contrariété.



En pratique :

Chez le tout petit, le décodage progressif des pleurs, que vous allez apprendre avec l'expérience, va vous permettre de répondre de manière adaptée aux besoins de votre bébé et d'éviter les crises prolongées.

Vers 8/9 mois, les crises au moment de la séparation seront progressivement calmées par l'objet de transition qui va apprendre au bébé à supporter votre absence

Vers 18 mois c'est votre calme et votre équilibre qui va permettre à l'enfant de surmonter sa frustration et les apprentissages vont l'aider vers l'autonomie qui réduira les colères.

Autour des 2 ans, pendant la phase d’opposition, l'apparition du langage va permettre de mettre des mots sur la colère de l'enfant et diminuer les crises motrices, et votre fermeté, qui rassure l'enfant sur les limites, évitera la reproduction des crises qui est inévitable si l'enfant obtient un bénéfice en faisant sa colère.

Dans tous les cas, gardez votre calme et rassurez votre enfant sur votre affection malgré la colère, et n'hésitez pas à en parler avec un professionnel de la petite enfance si vous vous sentez dépassé.

 

Docteur Marco Prunet, pédiatre

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